"Le français est comme mon amour" Temoignage de Winnie Proffesseur de Français

Je suis une jeune maman kényane, je viens de Kogelo, une petite ville à l’ouest du Kenya d’où est originaire la famille de l’ancien président des États-Unis Barack Obama. Je suis enseignante de français langue étrangère de- puis maintenant 5 ans à l’Oshwal Academy, à Nairobi. C’est une grande école internationale privée et indienne, qui va de la maternelle jusqu’à l’université et compte environ 3 000 élèves, avec une majorité d’origine indienne mais avec aussi des Kényans bien sûr et d’autres nationalités africaines.

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Pour ma part, j’enseigne dans le cycle supérieur, c’est-à-dire les élèves de 11 ans jusqu’à 20 ans. J’adore ce métier avec lequel je gagne mon pain quotidien. Mon plus bel accomplissement et ma plus grande satisfaction c’est de voir les sourires et la fierté de mes élèves chaque jour à la fin d’un cours. J’essaie que celui-ci soit intéressant, amusant et animé, le tout dans une ambiance conviviale. Pour cela, j’utilise des méthodes, des approches et des stratégies différentes selon le niveau que j’enseigne. Je me sers fréquemment de l’approche communicative, qui est motivante et encourage les apprenants à s’exprimer plus facilement. Je leur donne des documents authentiques à exploiter, photos, articles de presse, extraits audiovisuels… Cela rend les choses plus concrètes et développe leur curiosité. Mon objectif c’est de promouvoir l’autonomie chez mes élèves et de les in- citer à aimer cette langue française. Pour les niveaux inférieurs, j’utilise souvent les chansons, les jeux ou les films qui séduisent toujours. Mon métier d’enseignante, je l’exerce aussi au Kenya Wildlife Service Training Institute, mais à temps partiel. J’y prépare au diplôme de français les étudiants en hôtellerie et tourisme. Pour eux c’est un peu différent car ils ont déjà choisi leur carrière donc ils sont toujours très sérieux.

Enseignante et… mannequin

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En plus de l’enseignement, je pour- suis une carrière de mannequin. En novembre dernier, j’ai été couronnée « Miss Univers » de ma région Siaya County où je mène une cam- pagne contre la violence sexuelle et sexiste. Je travaille également pour une maison de couture qui s’appelle Nguo Affordable, et je les aide à faire le marketing de leurs produits. Découverte à l’âge de 20 ans par des créateurs de mode pendant une semaine culturelle à l’Université Kenyatta, à Nairobi, j’ai décidé de continuer mes activités de mannequin tout en poursuivant ma « vie de prof ». Les gens me demandent souvent comment je gère les deux en même temps. Eh bien c’est simple : je suis professeur le jour et mannequin le soir, les week-ends et pendant les vacances ! Ces deux métiers me passionnent et je n’arriverais pas à quitter l’un pour l’autre. De plus, l’univers de la mode est très vivant en France et compte tenu que je suis anglophone et franco- phone, c’est un atout supplémentaire pour moi. J’ai eu plusieurs opportunités grâce au fait que je suis bilingue. Je me souviens notamment, il y a quelques années, d’une grande conférence organisée par les Nations unies où l’on avait be- soin de mannequins qui pouvaient s’exprimer en l’une de ses langues officielles. Je n’ai pas encore eu de la chance d’aller en France mais je sais que cela arrivera un jour avec la possibilité de travailler dans la haute couture mondiale. Cependant, je rencontre aussi des difficultés à cause de certains pré- jugés négatifs attachés au métier de mannequin. En tant que professeur, il y a toujours certaines attentes concernant ma façon de m’habiller et de me présenter devant les autres. C’est aussi très fatiguant de mener cette double vie car je travaille chaque jour sans avoir vraiment le temps de me reposer.

Le français, première langue étrangère au Kénya

Mon lien avec le français a vraiment eu lieu au lycée mais j’avais déjà eu de la chance de connaître quelques mots grâce à ma sœur aînée qui l’apprenait à l’école secondaire quand j’étais en primaire. Cela me fascinait de l’entendre parler cette langue ! Je la trouvais très « cool » et c’est à ce moment-là que j’ai décidé de l’apprendre plus tard. Cette langue m’a vraiment passionnée et la prof que j’ai eue durant ma scolarité me l’a fait aimée encore plus. J’adorais sa façon d’enseigner. Elle était très amusante et les cours étaient toujours vivants et faciles à comprendre. C’est alors que j’ai décidé que je deviendrai enseignante de français et, grâce à Dieu, j’ai eu la chance de poursuivre mes envies !

Pour moi le français est comme mon amour. Je l’aime trop et je l’utilise parfois avec mes amies, mes collègues et ma famille. Je préfère lire et regarder des films ou des émissions en français. Je me suis fait beaucoup d’amis grâce à cette langue. Il arrive qu’on me demande si je suis « naturellement » francophone car les gens sont impressionnés par le fait que je peux m’exprimer aisément en français. J’aime la culture française et tout ce qu’elle offre. Grâce à mon amour de cette langue, j’ai été en mesure d’encourager plusieurs personnes à l’apprendre. Dans ma fa- mille par exemple, cinq d’entre nous parlent le français en plus de notre langue maternelle, le dholuo, et de nos langues nationales, le swahili et l’anglais. Même mon petit garçon, il le comprend un peu car j’essaie de le parler avec lui.

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Au Kenya, outre les deux langues officielles, nous avons aussi d’autres langues parlées par diffé- rentes tribus, la plus pratiquée étant le kikuyu, suivie par le dholuo puis le luyia. Le français est la première langue étrangère, apprise par envi- ron 40 000 élèves au lycée. Beau- coup d’écoles privées proposent le français dès la primaire. Dans mon école par exemple, le français est obligatoire jusqu’à la 10e année où les élèves ont le choix de continuer à l’apprendre ou non. À Oshwal, près de la moitié des élèves le font. Nous avons aussi d’autres langues enseignées comme l’allemand, le chinois, le gujarati et l’hindi (deux langues indiennes) mais c’est le français qui domine. Ainsi la place du français au Kenya est une évidence. Nous avons 28 universités publiques et privées et aussi 20 instituts supérieurs techniques qui proposent des cours en français professionnel. L’ambassade de France joue un grand rôle dans cette promotion, notamment via un programme de formation qui profite à 12 écoles pilotes de Nairobi, dont Oshwal Academy, et à 6 écoles de Mombasa. Le premier samedi de chaque mois, nous les professeur de français sommes invités à suivre une formation pédagogique de 3 heures où nous recevons des outils d’amélioration de notre enseignement. Personnellement je profite beaucoup de ces formations utiles, pratiques et très enrichissantes. Alors merci à l’ambassade de France pour son soutien, et vive le français au Kenya !

"Découverte à l’âge de 20 ans par des créateurs de mode à Nairobi, j’ai décidé de continuer mes activités de mannequin tout en poursuivant ma “vie de prof” car ces deux métiers me passionnent."

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Dernière modification : 16/04/2019

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